Le Vietnam vient de valider un modèle inédit et made in Belgium de financement pour dépolluer ses sols atteints par l’agent orange. "La Belgique va y jouer un rôle unique", à plusieurs centaines de millions d'euros.
L'essentiel
- Le Vietnam donne officiellement son feu vert à un partenariat belge pour la dépollution à grande échelle des terres contaminées à l'Agent Orange.
- Le fonds belge Aquitara Impact Fund est sur le point de finaliser une levée à 100 millions d’euros (et 250 millions d’euros supplémentaires, en dette) pour les quatre prochaines années. L’entreprise bruxelloise Haemers Technologies va se charger d’assainir les terres touchées.
- Le consortium se fait rémunérer en terrains, qu’ils se chargera de développer, pour les transformer en parc économiques, offrant de nouvelles perspectives aux communautés locales.
Cela a tout d’une victoire technique, financière, et diplomatique, pour la Belgique. Le Premier ministre vietnamien et son gouvernement viennent de donner leur feu vert à un partenariat belge pour la dépollution à grande échelle des terres contaminées à l’agent orange. Cet herbicide contenant de la dioxine a été utilisé massivement par l'armée américaine pour détruire la jungle et les cultures lors de la guerre du Vietnam.
C’est une première. Jamais auparavant un fonds d'investissement étranger n'avait obtenu un soutien politique à ce niveau de l'État vietnamien. Le modèle de financement, made in Belgium, qui s’en trouve validé, est tout à fait inédit.
Au moins 100 millions d’euros pour dépolluer au moins 150 hectares
Le fonds belge Aquitara Impact Fund, cofondé par Elisabeth Leysen et Franc Bogovic – ancien Deputy CEO de Finance&invest.brussels, est sur le point de finaliser une levée à 100 millions d’euros – avec 250 millions d’euros supplémentaires en dette, auprès de family offices et investisseurs institutionnels belges, néerlandais, asiatiques, américains et vietnamiens, dont une grande compagnie d’assurance. Les engagements de principe sont là, les noms ne sont pas encore dévoilés. Ces 100 millions d’euros vont servir à dépolluer "au minimum" 150 hectares, parmi les plus fortement affectés, d’abord sur le site de l’aéroport de Phu Cat.
C’est l’entreprise belge Haemers Technologies, spécialisée dans la dépollution thermique, qui va se charger de l’assainissement. Pour elle, il s’agit d’un "très gros contrat" à environ 30 millions d’euros. 70 millions d’euros sont destinés aux activités locales de dépollution, au Vietnam.
"Notre modèle compte trois piliers: dépollution environnementale, développement de parcs industriels et entrepreneuriat social."
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Un modèle de financement inédit pour la dépollution
Particularité du modèle: combiner rendement, dépollution, et économie sociale. Le fonds Aquitara impact fund va se faire rémunérer en droits fonciers pour la dépollution des terrains, que ce même fonds se chargera de développer grâce aux 250 millions d’euros de dette, pour les transformer en parcs économiques, offrant ainsi à la fois du rendement à ses investisseurs, et de nouvelles perspectives à la population vietnamienne locale. La localisation des terrains en question est en cours de validation.
"Ce modèle d’investissement compte donc trois piliers", détaille Franc Bogovic, qui décolle pour le Vietnam ce mardi. "Dépollution environnementale, développement de parcs industriels et entrepreneuriat social." Environ 150 commerces de proximité seront en effet offerts à des familles frappées par les conséquences de l'agent orange.
"150 hectares sur trois millions, ce n'est qu'un début. Mais pour l'agent orange, c'est le début de la fin."
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"Pour l’agent orange, c’est le début de la fin"
Au cœur du partenariat belgo-belge, la technologie de Haemers Technologies, qui permet, en chauffant les terres polluées à 300 degrés, puis en brûlant les dioxines évaporées à 1.200 degrés, d’assainir les sols sans les détruire. Les terres sont, après traitement, utilisables pour des activités agricoles. Des projets pilotes menés au Sud du Vietnam ont déjà démontré l’efficacité de cette technologie.
"Le problème de l’agent orange au Vietnam ne sera pas réglé dans les deux ans, il faudra sans doute plutôt deux générations pour y arriver. Mais pour l’agent orange, c’est le début de la fin", espère Jan Haemers, CEO et fondateur de Haemers Technologies. "Même si ce sont les plus pollués, ces 150 hectares sur trois millions, ne sont qu’un début. Le succès de ce premier fonds générera, je l’espère, les financements suivants."
Une victoire diplomatique aussi, pour la Belgique
Jusqu’ici, ce sont surtout les Américains qui pilotaient les projets de dépollution au Vietnam. Le définancement de l’agence américaine pour le développement international, USAID, décidée par le président américain Donald Trump, a sans trop de doute accéléré la décision vietnamienne de s’ouvrir à d’autres partenaires.
Encore fallait-il convaincre des investisseurs – prudents face aux difficultés de nombreux projets de dépollution au Vietnam – et le pays lui-même. La visite d'État du roi Philippe et de la reine Mathilde au Vietnam, en avril 2025, "a contribué à poser les bases diplomatiques" de ce feu vert vietnamien, estime le consortium, qui souligne aussi le travail "exceptionnel" de l’ambassadeur belge au Vietnam. "La Belgique va jouer un rôle unique au Vietnam, comme aucun autre pays", conclut Franc Bogovic, qui se réjouit d'un "premier but marqué par la Team Belgium".
Agent orange, de quoi parle-t-on?
Pendant la guerre du Vietnam, l’armée américaine a répandu environ 80 millions de litres d'agent orange, sur plus de trois millions d’hectares, dans de vastes régions du Vietnam. Ce défoliant (herbicide) chimique a été utilisé pour détruire forêts et récoltes, avec des conséquences environnementales et sanitaires qui perdurent aujourd’hui: plus de 800.000 personnes seraient encore directement victimes de l'agent orange, notamment en raison de la contamination chimique des sols.
"Les trois millions de victimes que l’agent orange a fait après la guerre sont sans doute une sous-estimation", estime Jan Haemers, CEO et fondateur de Haemers Technologies. "Soixante ans après, il est toujours présent dans les sols, tant il n’est pas biodégradable. Aujourd’hui encore, des centaines d’enfants naissent encore chaque année avec des handicaps et malformations à cause de l’agent orange."