Coopération Un partenariat belge pour la dépollution des terres contaminées par le défoliant chimique a été officiellement approuvé.
La Belgique va aider le Vietnam à dépolluer ses sols contaminés par l’agent orange, cette substance toxique répandue par les avions américains sur le territoire vietnamien pendant le conflit qui a ravagé le pays. Le gouvernement du pays d’Asie du Sud-Est a en effet donné son feu vert la semaine passée : c’est le consortium formé par l’entreprise Haemers Technologies et l’Aquitara Impact Fund qui sera chargé du chantier de dépollution. Cinquante ans après la fin de cette guerre, 800 000 Vietnamiens subissent encore les conséquences de l’utilisation à large échelle de ce défoliant toxique, au vu notamment de la contamination chimique des sols par l’agent orange. C’est une première mondiale : jamais auparavant un fonds d’investissement étranger n’avait obtenu un soutien à ce niveau de l’État vietnamien. En s’associant, Haemers Technologies et Aquitara Impact Fund projettent d’assainir les terres contaminées.
Se débarrasser de ce poison
Une étape qui sera assurée par le premier cité, leader mondial de la dépollution thermique des sols, actif dans plus de 40 pays. Pour réaliser ce défi, l’entreprise va recourir au principe de la “désorption thermique”. Celui-ci consiste à chauffer le sol à 1200 °C, pour que les molécules de dioxine s’en évaporent. Une fois dans l’air, celles-ci sont brûlées. Affranchie de cette substance toxique, la terre est à nouveau exploitable pour l’agriculture locale.
“Ce projet va s’étendre sur deux générations. Dépolluer un site coûte des centaines de millions d’euros. On va donc avoir besoin de beaucoup d’argent”, cadre Jan Haemers, CEO et fondateur de l’entreprise Haemers Technologies. Une fois dépollué, le site sera ensuite valorisé comme un espace “offrant de nouvelles perspectives aux communautés locales”, expliquent les deux protagonistes belges. Sur ces territoires, des parcs éco-industriels durables seront construits, “créant une infrastructure économique à long terme, facilitant des milliers d’emplois et générant des rendements pour les investisseurs”.
En parallèle, 150 commerces de proximité seront offerts aux familles touchées par l’agent orange depuis des générations, souvent situées dans des zones pauvres du Vietnam. “Notre solution présente plusieurs avantages : on a la technologie, on a la créativité financière, et le bénéfice sociétal en dépolluant et en boostant l’économie locale”, évoque Jan Haemers.
“C’est le résultat d’années de travail diplomatique
patient et d’une thèse d’investissement claire : un terrain contaminé n’est pas un passif, c’est une opportunité – pour le Vietnam, pour les communautés touchées, et pour les investisseurs qui comprennent que
l’impact réel et les rendements réels ne s’excluent pas
mutuellement”, commente Franc Bogovic, cofondateur de l’Aquitara Impact Fund.
Pour convaincre les investisseurs, le cofondateur
de l’Aquitara Impact Fund explique avoir “inversé
la logique” : au lieu de demander un investissement financier à la base, les acteurs voulant entrer
dans le projet s’étaient engagés à le faire si le gouvernement vietnamien donnait son accord.
Des relations diplomatiques privilégiées
Cette collaboration prochaine entre le Vietnam et la Belgique s’explique par la bonne relation diplomatique entre les deux pays, entamée en 1973. En avril dernier, le roi Philippe et la reine Mathilde ont effectué une visite d’État au Vietnam, où ils s’étaient déjà rendus en 2012. Sur place, ils ont visité le musée des vestiges de guerre et rencontré des enfants victimes de l’agent orange. Une visite diplomatique qui a donné un véritable coup d’accélérateur à la validation du partenariat par le gouvernement vietnamien. En 2023, le député socialiste André Flahaut avait introduit une résolution à la Chambre, afin que la Belgique reconnaisse officiellement les victimes vietnamiennes de l’agent orange utilisé par les Américains durant la guerre. Votée à l’unanimité, celle-ci a également ouvert la voie à une prise en charge de la dépollution des sols vietnamiens par Haemers Technologies.
L'agent orange, c'est quoi ?
Entre 1962 et 1971, des avions militaires américains ont massivement répandu de l’agent orange sur le territoire du Vietnam, à l’occasion de l’opération Ranch Hand : 80 millions de litres de ce défoliant ont été déversés. D’abord pour faire tomber les feuilles des arbres – mettant l’ennemi vietnamien à découvert – ensuite pour empoisonner les rizières, afin d’affamer la population.
L’agent orange a été fabriqué à des fins militaires, dans des concentrations bien supérieures aux recommandations d’utilisation pour la pratique agricole. En 1969, on a ainsi découvert que ce défoliant était chargé en TCDD, ou “dioxine de Seveso”. Cancérigène, cette molécule provoque des malformations chez les nouveau-nés, des maladies de peau et porte atteinte aux systèmes immunitaire, reproductif et nerveux. Interdite dans de nombreux pays, cette substance imbibe les organismes sur le long terme, se transmettant de génération en génération.
“Au Vietnam, en 2026, des enfants naissent encore avec des malformations”, déplore Jan Haemers, CEO et fondateur de l’entreprise belge Haemers Technologies, qui a récemment été chargée par le gouvernement vietnamien de dépolluer les sols. Au niveau environnemental, un rapport de l’Unesco estime que les épandages d’agent orange ont détruit 400 000 hectares de terres agricoles et deux millions d’hectares de forêts, soit 20 % des forêts sud-vietnamiennes. De quoi en faire l’écocide le plus important du XXe siècle.