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Contre les PFAS, la Wallonie n'utilise pas une solution qu'elle a pourtant financée

L'Echo - Maxime Paquay

L’entreprise belge Haemers Technologies a dévoilé mi-2025 un procédé innovant pour dépolluer les sols contaminés aux PFAS. La Région wallonne a contribué au financement de la solution, mais n’en fait pas (encore) usage.

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C'est l’histoire d’une innovation locale, qui semble boudée localement. En juin 2025, l’entreprise bruxelloise présente aussi à Nivelles, Haemers Technologies, dévoilait une première mondiale: un procédé permettant d’éradiquer les polluants éternels (PFAS) de sols contaminés, sans endommager les terres. Des analyses des tests effectués par l'entreprise belge sur le site pollué de Korsør, au Danemark, venaient confirmer des résultats époustouflants.

"En douze jours, le sol est propre, et en dessous de toutes les limites de détection", sans aucun résidu ni sous-produit, assure-t-on chez Haemers Technologies. Quelques mois après avoir dévoilé sa solution, l'entreprise confirme être le seul acteur au monde à disposer d’une technologie éprouvée pour éradiquer les PFAS dans les sols, en ce compris les "chaînes courtes" – les plus petites molécules, souvent négligées par d’autres méthodes de dépollution.

En Wallonie, on préfère excaver

De quoi positionner la Belgique comme référence mondiale dans l’éradication des polluants éternels, tant le nouveau procédé s’avère plus pertinent que l’incinération ou l’excavation suivie – directement ou indirectement – d’une mise en décharge, méthodes utilisées depuis des décennies – la première étant très énergivore et détruisant les sols, la deuxième ne faisant que "déplacer le problème".

Chez Haemers, qui compte soixante brevets à son actif, la recherche aura duré deux ans, pour un budget total d'environ deux millions d’euros – soutenu à 50% par la Région wallonne, sous forme d’avances récupérables. La Région wallonne ayant contribué à cofinancer l’innovation, on s’attendrait à ce qu’elle soit promue et utilisée sur le sol wallon pour dépolluer les sols. Pourtant, à ce jour, il n’en est rien. Jan Haemers estime que plus de 70% des terres polluées sont encore traitées par excavation – "des techniques déjà utilisées il y a 30 ans".

Un frein règlementaire?

Où est le problème? "L’excavation et la mise en décharge sont privilégiées, alors que les solutions de recyclage et de réutilisation sont défavorisées dans les faits", estime le CEO.

"Cela peut choquer, mais c’est la réalité. Cela fait 20 ans que l’administration applique un système d’économie linéaire ('extraire-produire-consommer-jeter', en opposition à l’économie circulaire, NDLR). Résultat, pour un propriétaire ou un bureau d'études, il est aujourd’hui bien plus rapide et facile – moins risqué en termes de procédures administratives – de monter un dossier d’excavation et d’évacuation pour des terres polluées que de vouloir les traiter et les réutiliser."

Le CEO déplore aussi que "tant pour les sols que pour les PFAS, nous n’avons jamais travaillé pour la Spaque (l’organisme public wallon en charge de la dépollution des sols, NDLR), qui est contrainte de se tourner vers les solutions les moins chères, point. Donc, ils excavent. En fait, les pouvoirs publics n’imposent pas systématiquement les meilleures techniques disponibles en matière de dépollution mais laissent faire le marché", estime encore Jan Haemers.

La Spaque en "phase d’analyse"

Du côté de la Spaque, on tempère. "Nous n’avons pas encore été confrontés à des terrains fortement pollués aux PFAS – hormis les décharges, qui nécessitent un traitement des eaux. Mais nous savons que ce sera le cas à court terme (au plus tard dans les deux ans qui viennent, NDLR) pour les futurs sites dont nous allons devoir nous occuper. Nous sommes dès lors en phase d’analyse des différentes solutions disponibles sur le marché – dont celle de Haemers Technologies."

Mais "nous devrons tenir compte de plusieurs critères, dont le coût, la rapidité de mise en œuvre, et les résultats. Et nous faisons souvent face à un cocktail de polluants, pas uniquement des PFAS, mais aussi des métaux lourds et des hydrocarbures, par exemple", cadre la porte-parole de la Spaque, Caroline Charlier, "il est dès lors souvent difficile de se diriger vers une solution unique".

L'argent public, financeur mais pas acheteur?

Du côté du cabinet du ministre de la Santé et de l'Environnement, Yves Coppieters, on affirme une volonté de soutenir l'entreprise. "Comment mieux intégrer nos entreprises dans les marchés locaux, alors qu’ils sont rarement les moins chers? Il y a ici deux dynamiques à concilier: le respect des marchés publics, et le soutien des entreprises locales", souligne Jérôme Hardy, porte-parole.

Chez Haemers Technologies, on reconnaît bien volontiers avoir été soutenu par la Wallonie, "et nous continuons à l’être. Mais le véritable booster à l’innovation serait d’obliger que les dépollutions soient faites avec les meilleures techniques disponibles. Or, il y a une forme de schizophrénie de la part des pouvoirs publics, qui d’un côté ne jurent que par l’innovation – jusqu’au jour où, de l’autre, ils deviennent donneurs d’ordre, et font alors preuve de beaucoup plus de frilosité. C’est pourtant la commande publique qui pourrait nous permettre de nous industrialiser".

Jan Haemers persiste et signe, en guise de conclusion: "Nous disposons d’une innovation au potentiel international énorme, qui est environnementalement et économiquement meilleure que ce qui se fait aujourd’hui, mais qui fait face à une inertie réglementaire en Wallonie: celle du temps nécessaire à l’administration, pour qu’elle accepte de modifier ses procédures".

Le procédé de Haemers Technologies coûte-t-il trop cher?

La solution thermique mise au point par Haemers Technologies pour dépolluer les sols contaminés aux PFAS consiste à chauffer des sols à 350 degrés dans un conteneur, ce qui génère l'évaporation des polluants, ensuite détruits directement dans la flamme, cette fois à 1.400 degrés. La terre est réutilisable.

Est-ce avant tout un problème de coûts si ce procédé n’est pas encore utilisé massivement pour s’attaquer aux PFAS présents dans les sols? Le traitement de Haemers Technologies coûte entre 150 et 250 euros la tonne de terre traitée. Comparé aux 500 à 700 euros que coûte l’incinération – et donc la destruction – de terres polluées, ou aux 200 euros la tonne que coûte l’envoi en décharge, qui n’empêchera pas les PFAS de se retrouver dans les eaux.

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